
L’histoire de Snowden semble avoir tous les ingrédients d’un film intéressant. C’est en partie un thriller d’espionnage, en partie un complot, et le méchant n’est autre que le gouvernement étasunien. Mais cela ne veut pas dire que le directeur n’a pas exagéré quelques éléments de la vie de Snowden dans le but de rendre le film plus dramatique. En quoi le film diverge de la réalité?
Snowden et Citizenfour


Pour comprendre comment les œuvres basés sur éventements réels sont dramatisées il serait intéressant de comparer le film Snowden avec le documentaire Citizenfour de Laura Poitras, la première journaliste à être contacté par l’ex-agent de la NSA. Citizenfour est composé d’extraits filmés par Laura lors de leur rencontre dans sa chambre d’hôtel à Hong Kong avec les autres journalistes, ainsi que d’autres passages comme sa téléconférence Ted Talk en 2014.
Le film d’Oliver Stone tente de présenter l’histoire d’Edward Snowden d’une manière plus agréable au goût du grand public tandis que Citizenfour cherche à créer un contexte pour ses événements principaux mais il reste difficile à comprendre pour ceux qui n’ont pas les bases de l’histoire. Stone présente une version légèrement modifiée des événements.
Rencontre avec les journalistes

Dans le film lors de l’entretien avec le lanceur d’alerte, Laura Poitras coupe la parole à un de ses collègues pour demander à Snowden de se présenter pendant que dans le documentaire la question du journaliste est posé et seulement ensuite on demande à Snowden de se présenter.
On remarque aussi que dans Citizenfour, le journaliste Ewen MacAskill ne fait que de prendre en note tout ce que Snowden dit sans avoir vérifié avant son identité pendant que dans le film il lui demande des preuves.
Ce même journaliste va aussi contrarier la proposition de Glenn Greenwald de publier les documents classifiés sur le site du journal The Guardian sous prétexte qu’ils risquent de perdre leur crédibilité comme Wikileaks. Grâce au documentaire on sait que Ewen avait un avis plutôt favorable de Wikileaks et que publier les documents serait la situation idéale pour lui.
L’utilisation des médias

Ici on a une ressemblance entre Citizenfour et Snowden, ils utilisent tous les deux les médias en tant que moyen d’exposition.
Les lignes entre la forme narrative et la forme documentaire sont floutées lorsque les extérieurs de Hong Kong sont utilisées pour transmettre la nouvelle de Snowden, ce qui fait d’excellentes transitions pour le film et le documentaire.
Le rôle de Snowden au sein de la NSA

Pour être un consultant en sécurité de l’information de la NSA, il faut être intelligent, mais “Snowden” est représenté comme un prodige du renseignement. Certes, il gravit les échelons de l’agence de renseignement à une vitesse vertigineuse mais le film exagère son rôle, laissant parfois entendre qu’il était l’un des analystes les plus importants de l’agence. Le Snowden du film se dit responsable de la vie des gens et d’être chargé d’empêcher à lui seul les pirates chinois de voler des millions de dollars aux États-Unis. Bien que Snowden ait pu contribuer à de tels efforts, il n’était qu’un des nombreux analystes de la NSA.
Le Rubik’s cube

Dans le film, Snowden fait passer les fichiers NSA hors de l’installation à travers un Rubik’s cube qui contenait une carte sd à l’intérieur. C’est une scène intelligente et passionnante, mais ça ne s’est pas passé ainsi, en réalité la collecte d’informations a non seulement pris plusieurs mois, mais elle s’est également produite sur des nombreux réseaux et appareils privés. Il est compréhensible que le film de Stone choisisse de ne pas risquer la vie et la sécurité des futurs lanceurs d’alerte en révélant les techniques réelles utilisées contre des agences telles que la NSA.
Le film est très proche de la réalité, mais il arrive qu’il modifie quelques faits. Généralement c’est pour protéger Snowden, son entourage et les futurs lanceurs d’alerte, bien que certains changements soient ajoutés uniquement pour des raisons esthétiques ou pour dramatiser davantage.
Liens utiles:
Comparaison de quelques scènes de Snowden (2016) et Citizenfour (2014)