« Snowden » : Lanceur d’alerte, héros ou traitre ?

« Snowden » : “De Opresso Liber” (2016)

En 2013, dans une chambre d’hôtel à Hong Kong, un homme de 29 ans, anciennement membre de la Central Intelligence Agency (CIA) et de la National Security Agency (NSA), s’apprête à révéler au grand public l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques.

Présentation brève

Dans ce film germano-franco-américain, réalisé par Oliver Stone et sorti en 2016, nous suivrons les périples d’un lanceur d’alerte contemporain, Edward Joseph Snowden, ainsi que les actualités les plus récentes lors de l’année de sortie du film sur le sujet sensible qu’est la vie privée sur Internet. S’inscrivant dans la longue lignée de Thriller à la fois politique et d’espionnage ainsi que de film-documentaire sur la fin, « Snowden » n’a rien à envier à ses congénères.

Des dialogues poignants

Les dialogues sont poignants certes mais pas dénués de sens, au contraire chaque interaction nous rappelle à quel point celui qui deviendra un lanceur d’alerte subit un dilemme cornélien.

Liberté ou protection ?

L’un des points forts du film a été selon moi la juste utilisation de phrase, montrant de nombreuses problématiques comme « Liberté ou Protection » à croire que si nous voulons nous protéger nous devons abandonner notre liberté. Mais que faire quand cette soi-disant envie de protection va trop loin ? Jusqu’où irait-elle ? Et le film nous montre bien qu’il ne s’agit plus de protection, mais d’une forme de voyeurisme malsain, car les individus qui nous surveillent pour nous « protéger » ne sont que des hommes. Alors comment être sûr que tout reste bien « confidentiel » et qu’il n’y ait pas d’abus ?

En effet, si nous prenons l’exemple d’une cible dites dangereuse, qu’on la suit alors il faudra aussi suivre ses métadonnées (à savoir tous ses contacts) alors on ne surveille pas uniquement qu’une cible, mais ses contacts et les contacts de ses contacts… Une boucle sans fin, qui ne laisse place à aucune exception.

« En trois étapes à partir de n’importe qui et de ses quarante contacts, on obtient une liste de 2,5 millions de gens. »

Gabriel Sol, collègue d’Edward Snowden et utilisateur de XKeyscore

A nu face à l’état : une problématique contemporaine

Les dialogues semblent réfléchies au point de nous interroger sur des phrases que nous utilisons au quotient qui nous semblent bénigne comme « je n’ai rien à caché » pourtant ce genre d’argument se retrouve démantelé nous montrant ainsi l’absurdité de cet argument.

« Plein de gens vivent insouciants et heureux, pourquoi pas moi ? »

Edward Snowden

Des scènes marquantes

Les scènes qui m’ont le plus marqué sont au nombre de quatre :

La découverte de XKeyscore

La première scène que j’ai trouvé intéressante est la découverte du programme de surveillance de masse XKeyscore, désigné par un collègue de Snowden, du nom de Gabriel Sol, comme « un moteur de recherche qui cherche tout ce qui est public et tout ce qui ne l’est pas. » Le plus effrayant dans cette scène est le détachement et l’amusement que l’on peut lire sur le visage de Gabriel, que l’on pourrait comparer à celui d’un enfant venant d’avoir son nouveau jouet. En somme, la vie privée n’existe pas, à l’insu du public bien sûr. Ceci amènera doucement, mais sûrement Snowden dans une descente aux enfers.

Les crises d’épilepsie : des scènes révélatrices

En effet, les deux scènes suivantes qui me semblaient importantes sont les deux crises d’épilepsie de Snowden. À la fois soudaine et imprévisible, ces dernières nous font voir la tourmente de l’individu, un peu comme une forme de hantise. On voit des sortes de flash-back de ce qui le dérange comme une forme d’inconscient auquel nous avons accès. En effet, dans ce film, Snowden nous semble assez détaché des situations car aux premiers abords, il ne donne pas l’impression d’être un héro classique de type Hollywoodien encore moins d’un James Bond de par sa personnalité très renfermé et discrète… Ses crises nous permettent de voir l’ampleur de sa tourmente intérieure qui le ronge jour après jour l’emmenant à faire le pas pour la sécurité d’autrui.

Une libération tant attendue

La dernière scène à laquelle il est important de faire référence est lorsque le lanceur d’alerte arrive à quitter la base de la NSA à Hong Kong, après avoir récupéré des dossiers confidentiels sur sa clé USB. Cette scène soulage le téléspectateur comme elle soulage le protagoniste, en effet ce dernier arbore un grand sourire que nous n’avons pas vu tout le long du film. Lorsque sa silhouette disparaît dans une lumière blanche, on peut voir ici un symbole de rédemption.

Un final réussi : un caméo inattendu

L’apparition soudaine de l’ex agent, dans cette adaptation controversée de son histoire, à la fin surprend, en effet, cette partie documentaire du film, nous rappelle le fait qu’on ne regarde pas, seulement, un bon thriller, mais bien des événements majeurs qui se sont produits. L’apparition du véritable Edward Joseph Snowden ainsi que son message final affirmant son parti prit : préférant sauver les citoyens que poursuivre la machination de l’état américain ainsi qu’en faisant un discours passionné de son second foyer, la Russie, où il réside encore à ce jour.

Un message important

Le message que ce film renvoie est très important, car pendant longtemps et encore aujourd’hui, Edward Snowden est perçu comme un ennemi de la nation américaine, à juste titre, ce dernier ayant dévoilé des informations confidentielles. Pourtant, pour les gens lambda comme vous et moi, nous le percevons plutôt comme un héros : en effet, il a révolutionné nos relations confuses avec Internet et nous permet aujourd’hui de nous protéger un peu plus des abus.

Ce film marquant nous permet ainsi de nous rappeler qu’Edward Snowden a avant tout risqué sa vie, et la risque encore de nos jours, pour notre protection. Dans une interview réalisée par l’Express, d’Oliver Stones, celui-ci a affirmé que “Snowden n’est qu’un messager. C’est le message qui est important.

Mais en bref, quel est le verdict ?

Outre le parti pris du réalisateur, ce film nous interroge sur les lanceurs d’alerte comme Edward Snowden et soulève la question de leur protection. En effet, Edward Snowden encourt 30 ans d’emprisonnement pour espionnage et trahison, pour avoir dévoilé la surveillance d’Internet des gouvernements américain et britannique. Hormis la prise de conscience sur ce sujet, ainsi que la protection de nos données et de notre vie privée, on peut être amené à se demander si pour ces héros il y a réellement une forme de protection ? Cette question nous renvoie aux dernières scènes du film où Snowden se fait interroger en visioconférence dans laquelle il affirme son impossibilité de revenir dans son pays d’origine, et pour cause, il sait que son jugement ne serait pas équitable et qu’après ce dernier, on n’hésiterait pas à le faire sortir du pays pour l’éliminer. Ce film quelque peu romancé n’en reste pas moins intéressant et pour moi, il s’agit d’une réussite cinématographique.

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