
La création de la modernité
The Social Network est une chronique consacrée à la naissance de Facebook et un portrait biographique de son inventeur, Mark Zuckerberg.
Timing et succès
Une grande partie du succès du film vient du timing et de la précision avec lesquels David Fincher et le scénariste Aaron Sorkin ont intercepté la propagation d’un phénomène aussi important, sentant même une dérive potentielle; mais une décennie plus tard, « où Facebook et Twitter se sont imposés comme les moyens de communication privilégiés du journalisme et même de la politique, The Social Network n’apparaît pas du tout ‘dépassé‘ ou lourd à digérer.
La vengeance
Un échec, une déception, peut entraîner des réactions porteuses de responsabilités et de conséquences importantes. Si votre petite amie vous quitte et que vous êtes un perdant, la réaction est de subir ce qui s’est passé et de tomber dans la dépression. Si vous êtes un “cool éveillé”, prétendez que c’est vous qui avez tout décidé. Si vous êtes un programmeur intelligent et ringard de Harvard, vous devenez le plus jeune milliardaire du monde sans le vouloir, vous devenez un Mark Zuckerberg. On lui en offre la possibilité avec un double avantage : se venger de celui qui vient de le quitter, tromper cette catégorie de sportifs collégiaux et de snobs en « empruntant » l’idée : (Le) Facebook.
Classique VS anormale
Cela pourrait ressembler à la revanche classique des perdants qui, comme le veut la comédie classique, deviennent soudainement les personnes les plus demandées et en vogue du moment, changeant par conséquent leur façon d’interagir avec le monde. Mark est cohérent, sa façon d’aborder le monde, ses réponses qui ne laissent pas de place aux autres, ses chaussons, restent les mêmes du début à la fin du film, allant souligner son changement infructueux (même pas recherché), en cette vengeance anormale des nerds.
Le “made in USA”

On a aucun problème à comprendre la chose qui impressionne le plus de The Social Network, c’est-à-dire la proximité dans le sens de cette modernité qui veut dire la capacité de dépeindre un instantané très vrai du néocapitalisme de la nouvelle économie et du boom informatique, du nouveau visage du rêve américain, de cette mythologie des types qui font désormais partie de l’imaginaire ultramoderne made in USA : le nerd sociopathe et indifférent, mais ambitieux jusqu’à l’obsession (Mark), l’aristocratique et le lobbying élite des fils de pères qui fréquentent les clubs les plus exclusifs, les cyniques et impitoyables mais avec le charme de l’homme du monde (Sean Parker) le perdant faible et frustré, mais avec les émotions les plus humaines (Eduardo).
Le film raconte une belle histoire de voyage dans le présent/futur pour en saisir les traits saillants, les différences avec le passé : ceux qu’il nous montre ne sont plus les requins en costard des années 90, mais énormément narcissiques, alternatifs mais très conformistes, des gosses individualistes, obsédés par les vieux mythes de l’hédonisme, du sexe, de l’évasion de soi (alcool, drogue), comme s’ils étaient bloqués dans leurs relations avec les autres, que ce soit une fille ou un ami de toujours. Si, donc, sans doute quelque chose manque au film pour en faire un jalon, il est récupéré avec un regard qui nous fait réfléchir sur ce que nous sommes, inévitablement, en train de devenir.
CAST


