Comment peut-on sauver le monde ?
Vous ne pouvez pas sauver le monde entier, c’est sûr. Mais en changeant un petit peu votre comportement, vous pouvez quand même sauver celle des créatures marines !
Chaque année, les Français jettent 6 millions de tonnes de plastique chaque année, dont après un certain temps, un grand nombre finit dans la mer (apporté par le vent ou par les fleuves). Juste très peu des déchets sont vraiment recyclés. La France n’est pas très forte en termes de recyclage, la plupart des gens ne trient pas leurs déchets.
Puis on a des différences de triage entre les pays européens, en Allemagne par exemple, on ne jette pas du papier et du carton dans le sac jaune, on a un sac bleu juste pour ceux-là. J’avoue qu’il est difficile de s’orienter dans cette jungle… Donc le meilleur plastique, c’est celui que l’on ne produit pas. Chacun peut contribuer à diminuer les 6 millions de tonnes, chacun peut faire partie de ce challenge 🙂
Renoncer aux emballages jetables
Il y a deux ans, quand je suis arrivée à Leipzig pour faire mes études, j’ai découvert un magasin zéro déchet proche du centre-ville, juste à côté de la maison de ma prof de harpe. C’était très pratique parce que j’y allais chaque semaine et j’ai pu faire mes courses sans perdre du temps pour le trajet. L’achat n’est pas difficile :
- On se désinfecte les mains,
- On pèse les conteneurs pour enregistrer le poids, après on colle la petite étiquette code-barre sur les contenants,
- On remplit les contenants,
- On paie à la caisse.
Le magasin zéro déchet a ouvert il y a 5 ans et c’était un plein succès, maintenant il y a déjà 4 magasins zéro déchet à Leipzig ! Il y a aussi un marché de paysans de la région juste à côté de la gare deux fois par semaine (je prends le train pour rentrer, donc je passe par là tous les jours). Ainsi, j’ai réussi à réduire fortement la quantité de plastique dans ma poubelle.
Je ne savais pas que des magasins zéro déchet existaient en France, c’est la raison pour laquelle j’étais d’autant plus étonnée quand tout d’un coup, lors d’une promenade en ville, je me suis retrouvée devant le Petit Pot. J’y suis rentrée et les vendeurs étaient extrêmement gentils, ils m’ont expliqué plein de choses !
Le Petit Pot a été fondé par Céline Laplanche et sa belle-sœur Marjorie Cousyn il y a 4 ans (en avril 2017), il est donc un peu plus jeune que la première épicerie à Leipzig. Céline était rentrée de deux ans de voyage en Asie où c’est normal d’acheter en vrac.
Marjorie, par contre, avait lu un livre de Béa Johnson, la « prêtresse du zéro déchet en Amérique », et elle s’était mise à essayer de renoncer aux emballages, mais cela c’est avéré très compliqué. Les deux jeunes femmes sentaient un besoin de consommer en vrac, mais ça n’existait pas du tout dans la région, du coup elles ont décidé d’ouvrir leur « boutique qui puisse être accessible à tout le monde et où on soit sûr de ce que l’on consomme, on n’a pas besoin de regarder les étiquettes tout le temps, avoir quelque chose de bio, de local… »
Avant qu’elles n’aient ouvert le magasin, les gens leurs disaient qu’elles étaient un peu folles parce qu’à l’époque on n’entendait pas parler du zéro déchet comme on l’entend aujourd’hui. Mais finalement les gens étaient très vite heureux d’avoir une solution à la marrée de plastique. « Ça a tout de suite très bien marché », et jusqu’au confinement, le chiffre d’affaires n’a fait qu’augmenter, ce qui permettait d’embaucher du nouveau personnel.
Une merveilleuse idée, ralentie par un virus
Mais depuis le premier confinement il y a un an, malgré sa situation en plein centre-ville d’Avignon, l’afflux des gens s’est effondré, cela pour des raisons variées :
- Une grande partie des clients était des touristes et les gens de passage, surtout lors de la période du Festival d’Avignon qui n’a pas eu lieu l’année dernière (espérons fort pour cette année !), ça leur a « mis un grand coup ».
- Beaucoup de clients viennent des alentours comme par exemple de Villeneuve, des Angles, pour travailler au centre-ville d’Avignon. Du coup, ils faisaient leurs courses ici, mais comme ils sont en télétravail, ils n’ont plus de raison de venir en centre-ville
- De plus, les gens se baladent beaucoup moins, ils n’ont plus envie de sortir parce que même boire un café n’est plus possible. Ils ne leur restent donc que les clients qui habitent intramuros …
Depuis quatre mois, il existe un site internet (qui a été fait par Céline) où on peut commander en ligne et se faire livrer ou venir chercher en click-en-collect (D’ailleurs on peut aussi commander sur Facebook). Le problème est que le site n’est pas encore très connu parmi les clients car il est tout neuf, cela prend du temps pour apprendre.
Écolo, ce n’est pas seulement l’emballage, mais aussi à « l’intérieur » du produit …
En effet, 99 % des 3000 produits sont labellisés bio. Le 1 % qui n’est pas labellisé provient des artisans de la région qui n’ont pas les moyens pour payer le label, mais comme l’équipe des « petites potes » est en forte relation et échange avec tous les 150 fournisseurs, ils connaissent leur mode de travail. La plupart des produits vient des alentours, on pratique la « technique de l’escargot ». C’est-à-dire qu’ils cherchent d’abord des produits dans le Grand Avignon, et petit à petit ils s’écartent. Ce qui ne vient pas de la région, ce sont des choses indispensables comme le café, le chocolat. Il y a des articles qu’ils refusent d’avoir (pour des raisons de distance géographique ou d’éthique), par exemple des noix de Brésil. Depuis un an, le magasin offre des baies de goji qui sont désormais livrées d’une ferme biologique près du Pont du Gard (et non du Tibet ce qui était la raison pour laquelle cela ne faisait pas partie de leur offre auparavant).
Attirer les clients, mais la concurrence n’est pas loin …
Beaucoup de personnes ne vont pas dans des magasins comme ceux-là parce qu’ils les croient trop chers. L’équipe du Petit Pot à récemment fait une petite étude sur les prix et ils ont trouvé qu’ils sont comparables aux produits bio dans les autres magasins, voire inférieurs pour certains produits ! Cependant, ce qui distingue le Petit Pot des autres, c’est le nombre de produits locaux et en vrac, leur travail en direct avec les producteurs et le contact avec les clients.
Le Petit Pot n’a pas (encore) de filiale à Avignon et le confinement les a fait repousser leurs projets d’en ouvrir, mais il y a quand même d’autres magasins sur Avignon qui offrent des produits en vrac et qui signifient une concurrence. Naturalia a un rayon zéro déchet depuis 3 ou 4 ans, mais la plupart des produits (qui sont également bio) ne viennent pas de la région. En revanche, le point fort de ce magasin, c’est, selon Céline, qu’ils ont un choix large de fruits et légumes frais, ce qu’il n’y a que très peu au Petit Pot. Daybyday à la Place Carnot vient d’ouvrir, c’est une autre épicerie en vrac, mais leurs produits ne sont pas bio. Depuis un ou deux ans, on peut même trouver des rayons en vrac à Auchan, Carrefour etc. Néanmoins, on ne peut pas parler d’une « vraie concurrence », mais plutôt d’une offre complémentaire en fonction des différentes attentes des consommateurs (bio, local, sans plastique, contact avec les vendeurs…).
Pour attirer les clients, la meilleure méthode est le bouche-à-oreille : Les clients satisfaits parlent du concept autour d’eux, à leurs amis, qui viennent à leur tour et en parlent à d’autres amis etc. En plus, le magasin est très présent sur Facebook et Instagram. « Dans la vraie vie », ils ont toujours des petits trucs qu’on peut déguster, du thé, des biscuits, apéros… Ils aiment bien aussi inviter les producteurs qui parlent de leurs produits et en font des démonstrations, malheureusement, ils n’en ont plus le droit…
À côté de la vente des produits écologiques, ils organisent aussi des ateliers à la fin de la journée, par exemple pour apprendre à faire ses cosmétiques, ses produits à nettoyer ou à utiliser des couches lavables pour les bébés.
Chaque année, en mois de juin, il y a la grande fête de l’anniversaire du Petit Pot à la Place de la Principale. Ils invitent tous les producteurs, artisans, partenaires, des musiciens… Il existe un partenariat avec le chef étoilé de la Mirande, qui vient pour faire des démonstrations. Même si c’est une « grosse action de communication », c’est plutôt pour le plaisir et pour passer une belle journée ensemble que pour faire la publicité.
C’est tellement plus que seulement augmenter le chiffre d’affaires …
Le Petit Pot soutient ponctuellement des organisations qui s’engagent de façon écologique. L’année dernière, ils ont approvisionné un groupe qui est parti pour ramasser des déchets avec des brosses à dents, de la dentifrice, de la nourriture etc. Ils donnent régulièrement à des associations et des ONG qui s’engagent aux projets écologiques et ils travaillent avec l’Association Latitudes et avec Semailles, une entreprise solidaire qui travaille avec des personnes en réinsertion. Un autre partenaire est Cozie, une marque cosmétique qui travaille avec des ESAT de la région.
Céline décrit sa mission ainsi : « arrêter le plastique jetable » et « offrir aux gens une manière de consommer différemment, arrêter la surconsommation, consommer mieux ». Dans 15 ans, elle voit des Petits Pots partout et elle-même serait en train de gérer un Petit Pot à San Francisco (parce que, selon elle, cette ville est extrêmement avancée en termes d’écologie, sûrement grâce à sa proximité à la Silicon Valley qui attire des jeunes gens).
Le Petit Pot, c’est donc vraiment beaucoup plus que juste un magasin qui vend des bons produits, mais qui essaie de faire la différence et contribue à changer le monde vers un mode de vie plus écologique et social.
La Roue – une monnaie locale
Ils sont aussi bureau d’échange de la monnaie locale de la région PACA, la Roue, qui existe depuis à peu près une dizaine d’années.
1 euro correspond à 1 Roue et il y a des billets de 1 à 50 Roues. On ne peut utiliser cette monnaie que dans les petits commerces, ostéopathes, médecins, comptables etc., qui sont indépendants et qui travaillent en local (donc par exemple, Naturalia n’a pas le droit de l’utiliser). L’idée, c’est que l’argent circule et n’aille jamais dans une banque pour éviter de ne pas savoir ce que fait la banque de notre argent. Ainsi, on peut être sûr que l’argent est seulement échangé entre des acteurs de la région. Les salariés des entreprises participant reçoivent une partie de salaire en espèces de la Roue. C’est encore peu connu parmi les gens de la région, mais on commence à en parler et apparemment, il y a des monnaies locales partout en France. C’est une très bonne idée et en Allemagne cela n’existe pas du tout !
Et derrière les coulisses … ?
À part les deux co-fondatrices, il y a 3 autres employés : deux alternantes en BTS de Marketing et Communication et un employé à temps plein. Le recrutement était assez facile parce que le conjoint de Céline est le directeur d’une de ces écoles. Il a mis une annonce et ils ont fait des entretiens avec les candidats.
Les exigences pour y travailler sont multiples :
- Il faut au moins avoir une vraie fibre pour l’écologie, même si on n’est pas encore très familiarisé avec ce vaste domaine
- Il faut aussi avoir des compétences commerciales et humaines parce que la boutique demande un énorme accompagnement. Comme c’est un mode de consommation et de nouveaux produits qui n’existaient pas avant, les gens ont besoin d’être accompagnés. Ils viennent aussi parce qu’ils n’ont pas envie d’aller dans un supermarché où ils paient à une caisse automatique où ils ne rencontrent jamais une personne, par conséquent, le facteur humain n’est pas à négliger
- Finalement, les salariés doivent être polyvalents et capables d’apprendre vite, il y a toujours des tâches très variées à faire.
Pour Céline, c’est le meilleur travail qu’elle ne puisse s’imaginer, elle adore la relation avec les fournisseurs et les clients. Ayant travaillé dans le secteur de la communication avant, elle est contente de pouvoir apporter ses connaissances et ses compétences de son ancien métier en s’occupant de l’alimentation des réseaux sociaux. Sa réponse à la question des côtés négatifs dans son travail : « Ce qui me plaît moins…….. eeeeeeeeeeuuuuhhhh… » *silence pendant quelques secondes* « …. Non, je ne trouve pas… » *elle rigole*
Finalement …
… parler avec des gens qui sont extrêmement motivés et qui ont déjà atteint autant de buts, cela donne envie de les joindre sur la voie écologique. Je vous encourage vraiment à essayer ce concept de zéro déchet et faire une démarche pour diminuer les 6 millions de tonnes de plastique. Même si vous êtes étudiant(e)s et que vous ne disposez pas d’assez de moyens d’acheter bio, vous pouvez aller aux rayons en vrac dans les supermarchés, faire vos courses aux marchés hebdomadaires, aux Halles d’Avignon etc. Là-bas, les produits frais ne sont pas chers du tout et vous pouvez également apporter vos propres boîtes afin de les faire remplir d’olives et de fromage. Bon courage !

